Association des Anciens Pensionnaires et Amis de la Fondation Thiers

Historique de la Fondation Thiers

Pascal Ory

Le Premier siècle de la Fondation Thiers

(Ce texte est paru en tête de l'Annuaire de la Fondation publié en 1993, pour le centenaire de l'institution. On n'en a pas, pour cette réédition, prolongé l'écriture ni les analyses au delà de cette date, apportant ainsi une justification supplémentaire à son titre, qui peut s'entendre de multiples façons).
Le projet d'une Abbaye de Thélème est plus ancien que Rabelais et d'une réalisation à peine moins improbable que l'utopie de Thomas More. Issu de la double image, et de la double nostalgie, de l'Académie et du Monastère, il parcourt souterrainement toute l'histoire intellectuelle de l'Occident depuis la Renaissance et ressurgit à l'air libre ici et là, au travers d'une série d'approximations. Ainsi, le 27 janvier 1910, le recteur de l'Université de Berlin, prenant la parole à l'occasion solennelle du Jour de l'Empereur, rappelait-il que, dans le plan d'Université imaginé en 1807 par Fichte figurait en bonne place une sorte de couvent scientifique où, sous la direction d'un vieux savant respectable, des réguliers (Regularen) d'un genre nouveau, en uniformes, libérés de toute contrainte matérielle et mis a l'écart des agitations du monde, partageraient pendant quelques années le même toit et la même table, pour mieux s'adonner aux travaux de l'esprit. Le même orateur ajoutait, pour le regretter, qu'un siècle plus tard l'Allemagne ne disposait toujours pas d'une telle institution, alors qu'entre temps la France, pourtant à l'école de l'Université allemande pour presque tout, s'en était dotée. Ledit couvent laïque s'appelait la Fondation Thiers ; il avait, en effet, ouvert ses portes à ses premiers pensionnaires le 1er  mai 1893 ; ceux-ci, toutefois, ne portaient pas d'uniforme.
Le directeur de la Fondation, qui rapportait ce Discours du Rectorat devant le Conseil d'administration du 10 octobre 1910 (1), n'était pas le dernier à ajouter que, malgré cet hommage du nouvel ennemi héréditaire, la Fondation n'avait pas, dans son propre pays, toute la réputation qu'elle méritait. Un siècle, là aussi, après son ouverture, il n'est pas certain que « l'Ecole française de Paris » (2) soit mieux connue.
Sans doute si cet établissement exceptionnel a survécu à une histoire qui, à plusieurs reprises, a failli lui être fatale, ne l'a-t-il pu qu'en adoptant, pour finir, une forme restreinte, qu'en se réduisant à son essence - une quinzaine de jeunes chercheurs bénéficiant d'une bourse de trois ans privés de l'existence, pleine de charme, que lui conférait la sociabilité d'une résidence en commun. L'occasion d'un premier centenaire, qui peut donc être le dernier, n'en est pas moins bonne pour aller y regarder de plus près, mesurer le chemin parcouru depuis 1893 et esquisser ainsi, à grands traits, dans l'attente d'une recherche plus minutieuse, la figure de ce qui, au fond, est toujours resté, hors de l'Université, en marge du C.N.R.S. et sous la tutelle longtemps lointaine de l'Institut de France, une institution inclassable.

Fondation
Comme il se doit, la Fondation Thiers doit son originalité à ses origines. Dans un pays où l'entreprise publique est privilégiée, elle est entièrement issue d'une initiative privée et jusqu'aux lendemains de la Seconde guerre mondiale n'a vécu que des ressources qui lui avaient été affectées par l'héritière d'une grosse fortune.
Adolphe Thiers, dont la statue va trôner dans le grand hall de la Fondation, ne fut pour rien dans sa naissance. En revanche, il est possible de rattacher l'esprit qui y présida à l'atmosphère de refondation intellectuelle qui suivit la guerre de 1870 et nous donna, entre autres, l'Ecole libre des sciences politiques et la réforme universitaire des années 1880, sous l'égide d'Ernest Lavisse. Lavisse était un ancien bonapartiste rallié à la République, « Sciences po » se créa sous les auspices de Guizot et de Taine;  les initiateurs de la Fondation Thiers appartiennent, eux aussi, à la frange conservatrice des républicains, en l'espèce au groupe des orléanistes ralliés, plus soucieux de stabilité sociale que de formalisme institutionnel, aux yeux de qui une restauration monarchique avait fini par prendre les traits de l'aventure. Les trois premiers titulaires du premier fauteuil du Conseil d'administration - en comptant celui du directeur, il y en a cinq en tout - auront nom Barthélemy Saint-Hilaire, Léon Say, Agénor Bardoux : trois anciens ministres, un même milieu.
Si l'inspirateur initial, après les morts successives d'Adolphe (1877) et de son épouse Elise, née Dosne (1880), semble avoir été le vieil Auguste Mignet, dernier survivant - il mourra en 1884 - de la génération, alors encore glorieuse, des historiens de 1830, l'agent principal de l'entreprise fut aussi le moins connu du public, Félicie Dosne, la soeur cadette d'Elise. Une femme, au milieu de tant d'hommes importants et austères, habituée à vivre dans l'ombre conjuguée de trois fortes personnalités : sa mère, son beau-frère et sa soeur aînée. En 1880, elle a cinquante-sept ans. Comme il se doit, elle est demeurée demoiselle, vestale des mânes du grand homme. Elle va aussi faire montre de beaucoup d'obstination et d'un vrai sens pratique dès qu'il s'agira de concrétiser le projet qui, à ses yeux ou à ceux de ses amis, imposera à la postérité, par dessus l'image d'un homme politique sinueux et d'un homme d'Etat tardif, celle de l'historien soucieux de l'avenir intellectuel de la nation, digne pendant du « Libérateur du territoire ».
De son imposant héritage elle va faire quatre parts. La plus petite ira à la Bibliothèque nationale et au Musée du Louvre, sous la forme d'un legs de livres, de manuscrits et de bijoux, partiellement repris par la suite. Une beaucoup plus grande fera de l'hôtel particulier de Thiers, place Saint-Georges, un centre de recherches et de documentations relatives a l'histoire du XIXe siècle peu a peu voué au souvenir napoléonien, avec pour noyau initial la collection des livres et objets de Thiers touchant a cette période ; la Monarchie de Juillet avait cultivé ce souvenir-là, même si, par une certaine ironie de l'histoire. Thiers allait être l'un des plus farouches opposants de Napoléon III. Le plus gros de la fortune Thiers devait cependant aller a deux fondations philanthropiques. L'une, postérieure à la mort de Félicie, accueillera jusqu'a leur mort des veuves et filles d'officiers supérieurs « ou de rang équivalent » ; elle recevra le nom de Fondation Dosne. L'autre, suivant un parallèle implicite bien de son époque, accueillera des jeunes gens - mot traduit jusqu'en 1978 exclusivement par le masculin - à l'aube de leur entrée dans la carrière ;  elle recevra le nom du grand homme (3).
Dans une note datée du 6 avril 1882 qui se trouve dans les papiers Thiers déposés à la Bibliothèque nationale et que Félicie signe avec Mignet se trouvent pour la première fois évoquées les dernières volontés de la soeur restées jusque là orales. Selon celles-ci, Elise aurait envisagé la « fondation d'une école destinée par son objet à rappeler le souvenir des grands travaux de M. Thiers ». La note donne un contenu concret à la formule en proposant que l'établissement soit réservé à des jeunes gens déjà distingués par leur savoir et leur esprit et que le champ disciplinaire couvert s'étende des hautes sciences à la philosophie  et à l'histoire.  Diverses consultations, auxquelles participera cette autre grande conscience du milieu républicain conservateur qu'était Jules Simon, conduiront à la mise au point définitive, entérinée par le premier Conseil d'administration, réuni en juin 1892.
Par un acte en date du 17 décembre de cette même année, Mademoiselle Dosne faisait don à la Fondation Thiers, bientôt reconnue d'utilité publique (4), d'« une maison retirée, large, saine et riante  (5) sise rond-point Bugeaud - autre illustration de la Monarchie de Juillet - et créée à cette fin par Alfred Aldrophe (6). Fidélité absolue au souvenir, là aussi, puisque cet architecte était celui qui, vingt ans plus tôt, avait été chargé de reconstruire, aux frais de la Nation, l'hôtel de la place Saint-Georges, incendié sous la Commune. A cet immeuble imposant, situé au centre d'un beau périmètre dont les arrières seront occupés par l'hôtel particulier de Félicie, future Fondation Dosne, la donation de 1892 ajoutait la partie « classique » de la bibliothèque de Thiers, cartes et gravures comprises, et, surtout, le capital supposé à cette époque - celle de l'intangible franc Germinal - nécessaire et suffisant au fonctionnement concret, journalier, du projet.
Entreprise ambitieuse, en effet, sans autre aide que la tutelle bienveillante, mais gratuite, des cinq académies, puisqu'il s'agit d'héberger et, plus généralement, d'« assurer largement quant à la vie matérielle » (7) le quotidien de quinze  pensionnaires », choisis par le Conseil d'administration sur dossier de candidature pour une durée maximale de trois ans, à raison tout d'abord d'un recrutement annuel par tiers, puis en fonction des places libres, compte tenu des départs anticipés. Outre les convenances personnelles, un pensionnaire doit en effet quitter la Fondation s'il se marie (on recrute des clercs, évidemment célibataires) ou si, étant juriste, il obtient l'agrégation, ce qui l'oblige à rejoindre un poste dans l'enseignement supérieur. Toutes les disciplines des facultés de l'époque - Droit, Lettres, Médecine et Pharmacie, Sciences - vont ouvrir droit à postuler, jusqu'à l'âge limite de vingt-six ans, aux titulaires d'un doctorat en droit ou en médecine, d'une agrégation de lettres ou de sciences, ou d'un titre équivalent.
Un dernier motif de départ anticipé figure implicitement au règlement : l'insuffisance du travail fourni. D'après le règlement initial, le pensionnaire, qui sort librement pendant la journée pour vaquer a ses travaux personnels » (7), s'engage pour la durée de son séjour à n'exercer aucune fonction, à ne donner aucune leçon particulière, et même à ne rien publier sans l'autorisation du directeur » (7), qui ne fait qu'un avec le Président du Conseil d'administration. En revanche, il le tient au courant chaque année, par un rapport écrit, de l'avancement de ses travaux. Notons tout de suite que le libéralisme intellectuel qui va d'emblée présider aux relations entre l'administration de la Fondation et ses administrés empêchera que cette menace soit jamais mise à exécution : la devise augustinienne Verum ama, et fac quod vis a été traduite en langage de Thélème.
Et c'est ainsi qu'à la mort de Félicie, le 16 janvier 1906, la Fondation, qui a vu sa dotation élargie en 1904, roule avec majesté sur son aire. Son directeur, troisième du titre, est un philosophe connu, de la tonalite antiscientiste, Emile Boutroux, qui restera en fonction vingt ans (1902-1921). Les membres du Conseil d'administration réunissent, dans l'honorariat, un président de section du Conseil d'Etat, jurisconsulte reconnu (Léon Aucoc), un notable de la République, plusieurs fois ministre, futur chef de gouvernement, proche des milieux d'affaires (Alexandre Ribot), le secrétaire perpétuel des Sciences morales, ancien directeur au ministère de la Justice (Georges Picot), et l'un des principaux hellénistes de son temps (Alfred Croiset). L'éclectisme progressera dans les années suivantes, avec l'entrée du directeur de la Revue des deux mondes (Francis Charmes) et, surtout, des premiers scientifiques (le physicien Gabriel Lippmann, avant le mathématicien Emile Picard); Il faut dire qu'avec la disparition de Félicie, « qui s'était réservée, sa vie durant, la désignation des membres du Conseil » (8), la tutelle de l'Institut va pouvoir s'affirmer, à travers une diminution continue de l'importance des seules « Sciences morales et politiques » - y compris des parlementaires, anciens ou futurs ministres -, au profit des « humanités » à l'ancienne et des carrières tout universitaires (9). Mais cet âge d'or aura la fin de tous les autres de même époque : 1914.

Histoire
« Messieurs, je vous remets la Fondation intacte. Nul n'en a franchi le seuil, hormis ses êtres normaux » (10). Ainsi s'exprime le cinquième directeur, Aimé Puech, dans son rapport au Conseil en date du 19 novembre 1940, en un moment dont le tragique universel est encore assombri par les circonstances particulières, puisque celui qui parle va mourir quelques jours plus tard. Ces mots témoignent bien du désir, intrinsèquement lié au réveil thélémique, de voir l'Histoire, avec son bruit et sa fureur, frapper en vain de ses vagues le roc de la Science pure. En fait, et comme on pouvait s'y attendre, la Fondation n'échappera pas plus aux émotions et commotions collectives de la société française que le Collège de France ou le Conseil d'Etat.
La forme la plus brutale du rappel à l'ordre s'est appelée la guerre. Elle décime - très précisément - les promotions, et comme on peut s'y attendre, c'est celle de 14-18 qui a été la plus cruelle, tuant quinze pensionnaires ou anciens, dont huit au cours des seuls quatre premiers mois de 1914, année de la grande hécatombe. Le tribut payé à la Seconde guerre mondiale sera moins lourd, avec trois morts en 1940, auxquels il faut cependant ajouter un résistant comme Marc Bloch (1909) ou un combattant de la campagne d'Allemagne comme André Deleage (1928).
Les articles nécrologiques de 1919 et 1920 jettent quelques faibles lueurs sur les destinées brisées des plus jeunes, ceux qui étaient encore pensionnaires, tel cet helléniste qui met la dernière main aux épreuves d'une édition savante du Phèdre de Platon juste avant de tomber au combat, un jour d'août 1918, ou encore ce jeune philosophe, admis a la Fondation en 1913 et qui ne la rejoindra jamais : un an de service militaire, puis quatre années de guerre, qu'il termine gazé et dont il meurt, à retardement, quelques mois plus tard. Mais le trouble, par cercles concentriques, s'étend plus loin encore.
Dans sa nature même, la Fondation est ébranlée. Fermée en 1914, elle ne recrute plus pendant quatre ans et ses murs accueillent un hôpital pour officiers ; fermée en 1939, elle rouvre des 1940 et échappe ainsi de justesse aux convoitises allemandes, mais elle n'est plus que l'ombre d'elle-même, sans promotion 1940 et avec les trois suivantes réduites à deux admissions seulement. A la Libération, les quatre pensionnaires officiellement inscrits - au lieu des quinze de rigueur - sont déjà tous « engagés » ailleurs, les uns sous l'uniforme, les autres dans un cabinet ou un service ministériel. Les années qui suivent les guerres laissent de visibles traces dans les itinéraires de ces personnalités que certains auraient imaginé détachées de toute contingence. Emile Boutroux lui-même est conduit à conclure en 1920 à l'impossibilité « à l'avenir pour les pensionnaires de s'isoler dans la tour d'ivoire : la pratique nous enveloppe, nous étreint. (...) Nos jeunes savants s'appliquent à réaliser le rêve de Platon, qui voulait que les philosophes participassent au gouvernement de la République » (11). Les promotions de ces années-là paraissent avoir entendu ce discours ; celle de 1921, par exemple, donnera un homme de presse, futur rédacteur en chef du principal quotidien national de son temps, un homme politique remarqué, leader des « Jeunes Turcs » du Parti radical, enfin une grande figure du christianisme social (12).
Mais la guerre touche plus crûment la Fondation, et dans ses infrastructures. Alimentée par des placements de père de famille, elle découvre l'érosion monétaire et le rapport de 1920 signale déjà les premiers effets négatifs de « l'augmentation du coût de la vie » (13). Impossible de revenir à cette Belle-époque de la Fondation, où près d'une trentaine de personnes, du trésorier-économe  aux concierges de la loge d'entrée en passant par les domestiques, vivaient au service des quinze pensionnaires, auxquels la bienveillance du Conseil accordait un pécule destiné à l'inévitable voyage en Italie et dont certains témoignages affirment qu'ils s'étaient cotisés pour louer une garçonnière extra-muros ...
La suite du siècle n'est plus qu'un long combat contre des difficultés financières sans cesse renaissantes, même si l'imagination directoriale ne manque pas, elle, de ressources, pour reculer l'échéance. En 1924 la Fondation reçoit une part de l'aliénation, autorisée par la loi, des bijoux Thiers légués au Musée du Louvre. A l'issue de la période de Vichy, où le fond semble avoir été atteint, l'établissement est sur le point de fermer. II n'est sauvé que par un accord avec le Centre national de la recherche scientifique - dirigé à l'époque par un ancien pensionnaire, Henri Laugier -, qui accepte de prendre en charge le traitement des pensionnaires, désormais assimilés, pendant leur séjour, à des attachés de recherche. La Fondation y gagne un répit d'un tiers de siècle, mais le CNRS considérera toujours d'un oeil critique cette situation insolite, où il se trouve privé de tout droit de regard sur le recrutement de quinze de ses membres. La spirale inflationniste repartira. Au début des années 1980, l'Institut de France, prenant désormais en charge le traitement des quinze pensionnaires, vendra l'immeuble du Rond-point. Inscrite in extremis à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, l'oeuvre d'Aldrophe, sauvée par l'action des pensionnaires et par le retour en faveur du XIXe siècle, ne sera pas rasée, comme on avait pu le craindre ; elle accueillera une autre forme de sociabilité : un club international huppé dont les critères d'admission sont, on le devine, fort éloignés de ceux de 1893.

Vivier
Durant son premier siècle, la Fondation a donc vu passer plus de cinq cent pensionnaires : un échantillon séculaire digne d'intérêt pour qui voudrait sonder à travers lui, sinon la société intellectuelle française dans son ensemble, du moins la partie de ladite société qui tire sa légitimité de l'Université. L'enquête prendrait tout son sens si on élargissait le sondage aux dossiers de candidature, afin d'approcher, dans la mesure du possible, les critères de sélection. Sur ce dernier point, retenons simplement ici que, dès les années 20, on comptait, à en croire les rapports annuels, une moyenne de six à sept candidats pour une place, proportion assez élevée compte tenu du niveau de diplôme exigé. Mais laissons ce travail ingrat à un jeune chercheur en quête d'un sujet d'histoire intellectuelle, et contentons nous de considérer la société des seuls pensionnaires, cette quintessence de bons élèves, rassembles là, une dernière fois, avant le passage a la vie professionnelle, pour ne pas dire au monde adulte.
Le premier trait qui saute aux yeux est évidemment la diversité des origines scientifiques, et ce dès les premières années, comme le prouve le recensement décennal des appartenances auquel, statisticien modeste, mais précoce, s'est livré l'Annuaire de l'année 1902-1903. On y découvre déjà une nette majorité de « littéraires » - prés des deux tiers des effectifs -, avec une nette prédominance de trois disciplines : les lettres proprement dites, classiques ou modernes (dix pensionnaires), l'histoire (dix pensionnaires) et la philosophie (neuf). Le poids académique du trio se trouve d'ailleurs renforcé par l'existence de petits groupes annexes, fortement identifiés : les littératures étrangères, la géographie et la philosophie des sciences, y compris sous la forme de deux pensionnaires tournés vers les « études médicales » significativement rattachées par le rapporteur à la philosophie. Reste que le premier groupe en nombre n'est pas littéraire, puisque le quart des pensionnaires est encore à l'époque composé de juristes (quatorze sur cinquante cinq). Les scientifiques, qu'on ne songe pas encore à qualifier de purs ou de durs sont présents en moyenne dans une promotion sur deux (deux physiciens, un chimiste, un mathématicien).
Avec le recul dont nous disposons, ces premiers dénombrements annoncent l'évolution qualitative des décennies suivantes. L'une des tendances profondes de l'institution, en même temps qu'un des problèmes récurrents qui s'est posé à elle, tient en effet dans le recentrage progressif sur la culture littéraire. La marginalisation confirmée des sciences et de la médecine, jusqu'à leur disparition totale dans les années 60, est parfois attribuée à une complète déconnexion entre les moyens offerts par la Fondation et ceux qu'exigerait ce type de recherches. Argument peu convaincant, ladite connexion ne se situant pas ordinairement intra-muros. Le déclin du recrutement des juristes, même dans une version élargie, après la Seconde guerre mondiale, aux sciences économiques, confirme que le point est ailleurs, et sans doute en amont.
On a vu que le premier Conseil d'administration, encore dominé par une logique de réseau politique, privilégiait l'origine juridique de ses membres. Au reste, bien qu'historien de notoriété reconnue. Adolphe Thiers était, de formation, un avocat, tourné très vite journaliste et, de là, homme politique. Les amis de Félicie lui ressemblèrent. Le premier directeur de la Fondation, Barthélemy Haureau, était un ancien journaliste  avancé de l'époque de la Monarchie de juillet, devenu un député républicain modéré sous la Deuxième république, puis, en 1870, le directeur de 1'Imprimerie nationale ; par ailleurs érudit, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Mais déjà le choix du deuxième directeur marque une réorientation décisive, avec le choix d'un professeur honoraire de la Sorbonne, ancien président du jury d'agrégation de lettres. Au total, hors l'inclassable Haureau, on dénombre cinq hellénistes (14), un latiniste (15), trois philosophes (16). Consciemment ou non, ce choix, qui exclut les scientifiques, mais aussi les juristes, influera sur le cours de la Fondation.
Ceci posé, à juger de ce qui fut et non de ce qui aurait dû être, une autre évidence s'impose : la Fondation a accueilli quelques-unes des figures les plus remarquables des disciplines qui y furent représentées. Prenons, à titre d'exemple, les huit promotions du dix-neuvième siècle (1893-1900), on peut soutenir que chacune a transmis à la postérité le nom d'un  maître reconnu dans son domaine : le géographe Jean Brunhes pour la première, le philologue orientaliste Isidore Levy pour la seconde, l'ethnologue William Marcais pour la troisième, l'universel François Simiand pour la quatrième - et cela fait déjà quatre professeurs au Collège de France -, le constitutionnaliste Hippolyte Joseph-Barthelemy pour la cinquième, le celtisant Pierre-Marie Le Roux pour la sixième, I'historien Albert Mathiez pour la septième, le latiniste Raymond Cahen pour la huitième.
Si l'on s'élève à considérer l'ensemble du siècle qui a suivi - sans, cependant, trop s'aventurer dans les dernières années, où l'on comprendra que la discrimination est encore impossible ... le palmarès s'étoffe dans des proportions considérables. II prend presque figure de jeu de société : pour se limiter à des contemporains vivants en 1993, la Fondation Thiers devient, par exemple, le seul dénominateur commun entre des personnalités aussi différentes, voire directement antithétiques, que Jean Guitton (1925) et René Etiemble (1933), Jean Charbonnel (1951) et Marc Heurgon (1957), Marc Fumaroli (1962) et Jean Gattegno (1962), ou Jean Tulard (1961) et Jacques Ranciere (1966) ...
         Mais une lecture moins impressionniste mettrait aussi en lumière certaines disciplines dont les autorités successives, sur une ou plusieurs générations, sont en effet passées par le Rond-point. Retenons seulement le cas du droit constitutionnel, de la géographie et de l'histoire. Joseph-Barthelemy (1897), oracle constitutionnel de l'entre-deux-guerres, Marcel Waline (1924), futur membre du Conseil constitutionnel, Maurice Duverger (1941), Jacques Robert (1954) : quatre époques, quatre anciens pensionnaires. Deux générations ont établi les bases de la géographie humaine : après celle de Brunhes (1893) et René Musset (1906), celle de Pierre Deffontaines (1921) et de Roger Dion (1922) : quatre anciens pensionnaires. Quant à la dyade fondatrice de l'Ecole dite des Annales, elle trône au sein même de la Fondation en la personne du pensionnaire de 1903 Lucien Febvre et de son camarade de la promotion 1909, Marc Bloch, associés à leur aîné, François Simiand.  Ce sont aussi les deux générations suivantes d'historiens des Hautes-études qui vont se trouver représentées, celle de la Vème section par Charles Morazé (1938), celle de l'EHESS par Pierre Nora (1960). Dans un domaine comme la philosophie et dans un pays comme la France, où le phénomène d'école semble s'être moins fait sentir, il suffit, en restant dans la première moitie de ce siècle, de citer les noms de René Le Senne (1907), Jean Wahl (1911), Henri Gouhier (1922), Jean Guitton (1925) ou Maurice de Gandillac (1931) pour montrer la qualité du recrutement. Des disciplines peu représentées dans l'ensemble ont eu le temps de déléguer quelques unes de leurs futures vedettes. Ainsi la sociologie avec Georges Davy (1909) ou Jean Cazeneuve (1946), la psychologie avec Charles Blonde! (1901) ou Henri Wallon (1903), les mathématiques avec Paul Montel (1901), ...
Prolonger cette liste serait moins fastidieux qu'un peu injuste, car il faudrait savoir ce que l'on entend mesurer : l'importance culturelle - ici le prestige extérieur est décisif - ou le rôle scientifique ? - et alors c'est affaire de réputation interne. Dans ce dernier cas, surgiraient d'autres figures, longtemps honorables mais aujourd'hui un peu effacées ; celles, par exemple, d'un Albert Dufourcq (1897) pour l'histoire religieuse, d'un Louis Cazamian (1901) pour la littérature anglaise ou d'un Paul Couderc (1923) pour l'astronomie. Surgiraient, surtout, les maitres incontestés de disciplines rares comme l'assyriologie de René Labat (1929), la sinologie de Marcel Granet (1908), la celtologie de Pierre-Marie Le Roux (1898).
A l'instar de toutes les grandes écoles, la Fondation compte aussi une remarquable proportion d'anciens dont en fait le lieu d'excellence s'est situé à l'extérieur de cette Université ou de cette Recherche scientifique auxquelles semblait les vouer le choix qui les avait conduits en ses murs. On peut même soutenir qu'on dispose là de l'essaimage le plus étendu qui soit sorti d'un « grand établissement » francais, le champ académique couvert étant plus large que celui des Ecoles normales supérieures ou de Sciences po.
lusieurs de ces carrières continuèrent en fait longtemps, voire jusqu'au bout, à se dérouler en parallèle. Carle Bahon (1898), qui fut dans l'entre-deux-guerres le premier maire socialiste de Rennes, était par ailleurs titulaire à l'université de la chaire d'allemand. Mario Roques, son camarade de la précédente promotion, fut à la fois directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et un cacique de la Troisième république. Le philosophe Jacques Chevalier (1905) se retrouvera, après avoir détenu le portefeuille de l'Instruction publique, ministre de la Famille et de la Santé dans le même gouvernement (Darlan) où son ancien camarade Joseph-Barthélémy exerçait les fonctions de Garde des sceaux. Dans certains cas, plus rares, c'est la carrière universitaire elle-même qui s'infléchira en direction de territoires originaux, aux spécifications sans précédent. Théodore Ruyssen (1893) et Paul Mantoux (1899) figureront en bonne place parmi ces intellectuels, aujourd'hui trop oubliés, qui après la Première guerre mondiale croiront à 1'« esprit genevois » : le premier animera l'Union internationale des associations pour la SDN, le second est un bel exemple de carrière universitaire internationale, bien avant la mode : professeur à l'Université de Londres juste avant la Grande Guerre, fondateur après elle de l'Institut des Hautes études internationales de Genève.
Plus nombreux encore sont les anciens pensionnaires qui vont se vouer complètement à l'action politique ou sociale. Poursuivant sur la lancée de ceux qui, dès avant 1914, sont allés peupler les premiers instituts français à l'étranger, un André François-Poncet (1911) ou un Jean Baillou (1929) opteront pour une carrière diplomatique. Jean-Bernard Raimond, ministre des Affaires étrangères entre 1986 et 1988, est un ancien pensionnaire, de la promotion 1951. Un siècle durant, le Parlement comptera toujours en son sein un ou plusieurs anciens, de Charles Guernier (1894) à Jean Charbonnel (1951), en passant par Pierre Cot (1921).
A côte de ces itinéraires imprévisibles mais pas inimaginables - les agrégés ne sont pas si rares dans la Carrière, et encore moins en politique -, les anciens pensionnaires présentent une exceptionnelle diversité d'itinéraires dans les formes d'engagement : haute-administration, cabinets ministériels, conseil politique, syndicalisme, ... Parfaitement représenté, de part et d'autre de la Première guerre mondiale, par des figures comme celles de Georges Huisman (1914), qui sera dans les années 30 le dernier, et le plus important, des directeurs généraux des Beaux-arts, et de Robert Garric (1921), l'homme des « Equipes sociales », le type paraît s'épanouir dans les promotions, donc les générations, de la Grande Crise avec, en l'espace de cinq ans, des personnalités comme André Deléage (1928), Paul Vignaux (1928), Etienne Borne (1930) ou Pierre Bertaux (1931). Dans ces conditions, il n'est pas plus atypique de retrouver des anciens pensionnaires à la tête d'entreprises privées - tel le publiciste Maurice Loewe (1895) ou le directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas dans les années 20, Jules Chevalier (1901).
A tout prendre, les cas les plus originaux sont ceux des littéraires qui feront le choix de devenir des hommes de lettres. Quelques uns continuent à enseigner, tel Marcel Drouin (1896). alias Marcel Arnauld, co-fondateur de la NRF, qu'on ne connait plus guère aujourd'hui, non sans injustice, que comme le beau-frère d'André Gide ; quelques autres se vouent intégralement au roman ou à l'essai, surtout avant-guerre, quand la stabilité de la Rente le permettait, comme André Beaunier (1894) ou Auguste Bailly (1903). D'autres enfin passent franchement au journalisme. En 1914 l'un des principaux journalistes du quotidien L'éclair est un ancien de la Fondation, où il est entré avec un sujet de thèse, jamais achevé, sur « La conception de la fin du monde dans l'ancienne religion germanique ».
En 1940 ce n'est rien moins que le rédacteur en chef de Paris-soir, Gabriel Perreux, qui est un ancien (1921), avec derrière lui une petite oeuvre d'historien qui est allée jusqu'au doctorat. A cette date la Fondation est le point commun entre ce rédacteur en chef, le directeur général des Beaux-arts et le directeur des services de l'identité judiciaire de la Préfecture de police.
On ne saisirait cependant qu'une image caricaturale de l'institution si l'on ne raisonnait qu'en termes élitistes, comme si la sélection universitaire préalable ne suffisait pas à séparer le bon grain de l'ivraie. Docteurs en droit devenus avocats ou notaires, surtout avant 1914, agrégés de lettres ou de sciences restés professeurs de lycée : c'est ici le destin de dizaines d'anciens. On prendra comme symbole de ces obscurs, dont rien ne permet de dire qu'ils ne furent pas contents de le rester, le mathématicien Camille Prulhière (1920), amateur de calcul des probabilités qui ne terminera jamais sa thèse et finira sa carrière au lycée Michelet. Il a légué à la Fondation sa bibliothèque personnelle (le « legs Prulhière »), dont l'analyse précise offrirait un témoignage tout à fait intéressant sur le cheminement esthétique et politique d'un intellectuel français entre les années 20 et les années 50. Parmi ceux qui « passèrent dans le supérieur », nombreux sont, au reste, ceux qui ne figurent plus aujourd'hui dans aucune mémoire, même celle du plus consciencieux des spécialistes. L'Annuaire de l'année 1913 reproduit l'article nécrologique consacré à Louis Benoist-Hanappier (1900), mort à trente huit ans, maitre de conférences a l'université de Nancy. De ce germaniste, lecteur de Nietzsche, il publie un poème inédit,"Au café", retrouvé dans ses papiers, qui éclaire d'un jour surprenant le « spleen du professeur » dans la province Belle-Epoque :

J'ai lu tous les journaux. Je fume. Je m'ennuie.
Ce ciel gris : plafond bas et voûté de prison,
Murant tout idéal, bouchant tout horizon.
(...)
Ce qu'aujourd'hui je fais, je le ferai demain
Sans haine et sans amour, sans gaité ni chagrin.
Ma vie : un cercle étroit ou je tourne, bien sage
Comme un lion neurasthénique dans sa cage
Et je vais oubliant tout rêve aventureux
Perdant jusqu'au désir d'être jamais heureux. »

Laboratoire
En arrière-plan de cette vue cavalière, une question, on l'aura compris : à quoi cette Fondation a-t-elle servi ? Répondre, en se contentant de paraphraser les textes fondateurs, qu'elle a d'abord servi à donner à cinq cents diplômés de haut niveau trois années de liberté complète pourrait suffire à un certain pragmatisme radical, mais il suffit de regarder fonctionner de plus près cette belle mécanique pour voir que, fort heureusement, les choses sont plus compliquées (17).
Certes, dans bien des cas, le séjour à la Fondation, mi-partie de retraite studieuse et de club intellectuel, a permis l'avancement décisif d'une recherche déjà clairement formée dans l'esprit de son auteur dès son admission, même si les rapports annuels du directeur apportent d'intéressantes lumières sur la genèse de certains travaux. Ainsi découvre-t-on qu'en parallèle à son sujet de thèse principale, consacré au servage, le premier sujet de la thèse complémentaire de Marc Bloch devait porter « sur le petit groupe des économistes qui, en Angleterre, au début du siècle dernier, se sont attachés à utiliser dans un sens révolutionnaire les théories récemment fixées de l'Ecole libérale, annoncant ainsi, préparant même peut-être, la doctrine de Marx » (18).
A considérer ce que l'on sait de l'itinéraire futur des pensionnaires, on demeure cependant frappé moins par les exemples de stricte continuité que par la fréquence ou l'ampleur des bifurcations, comme l'illustre bien le parallélisme de la promotion 1950, où « L'idée de peuple chez Michelet » est, d'emblée, le sujet de thèse de Paul Viallaneix, alors que « L'idée de bonheur dans la pensée philosophique du XVIIIe siècle » ne s'impose à Robert Mauzi qu'après l'abandon d'une première piste sur « La poésie lyrique baroque ». Prenons, à titre d'exemple, la promotion 1947. Le littéraire Claude Digeon, l'historien Claude Fohlen, le germaniste Alfred Grosser représentent bien les trois types d'itinéraires possibles. Le premier entre à la Fondation avec un sujet de thèse qui, a peu de choses près, sera celui de son fameux - et quasi unique - ouvrage sur « La crise allemande de la pensée française ». Claude Fohlen y affine les contours d'une thèse sur « Les transformations de l'industrie textile en France de 1815 a 1850 » : il deviendra l'un des maitres de l'histoire des Etats-Unis. Quant à Alfred Grosser, lorsqu'il quitte le Rond-point, il a, au témoignage du directeur, « établi les grandes lignes de sa thèse » sur « Les débuts du piétisme lutherien ». La thèse en question ne verra jamais le jour : interroger le piétisme allemand était pour le jeune germaniste la manière académique d'enquêter sur l'une des sources, mal connues à l'étranger, de la culture allemande moderne. Cette enquête-la, par ses résonances contemporaines, quasi-philosophiques, eut tôt fait de peser autrement plus lourd que l'éclaircissement d'un point d'histoire. La liberté de la Fondation, en permettant à Alfred Grosser de partir en Allemagne et d'en rapporter une première serie d'articles de fond pour Le Monde, avait permis sa mutation, décisive, en médiateur franco-allemand.
Ainsi la bifurcation - que l'objet de la recherche soit réorienté ou franchement abandonné - ressemble-t-elle souvent à une révélation. L'agrégé d'histoire Marcel Granet, camarade de Fondation de Louis Gernet et de Marc Bloch, conjonction qui attire l'oeil, entre au Rond-point avec le projet d'une thèse sur le «  droit des personnes dans la société féodale », mais son souci comparatif va le porter à se tourner vers les sociétés asiatiques ; il en sortira, trois ans plus tard, définitivement converti à l'étude de celles-ci. De même René Etiemble est-il encore, du moins aux yeux de ses pairs, un littéraire classique quand il arrive à la Fondation. Les brèves mentions du rapport directorial qui le concernent peuvent se ramener à ce simple constat : le pensionnaire Etiemble à consacré ses trois années de libre disponibilité à apprendre le chinois. Apprentissage capital comme on peut en juger plus tard. Au reste, il y a bien des manières d'être infidèle à son contrat initial, pour mieux être fidèle à soi-même. Quand le pensionnaire Foucault (Michel) quitte la Fondation en 1952, après un an de séjour seulement, pour devenir assistant à l'université de Lille, le directeur doit avouer, en langage diplomatique, qu'il « ne sait pas exactement jusqu'à quel point il a déjà poussé l'étude » des deux sujets avec lesquels il y est rentré. Mais quand on lit que les deux sujets en question portaient respectivement sur « Le problème des sciences humaines chez les postcartésiens » et « La notion de culture dans la psychologie contemporaine », on ne peut pas s'empêcher de penser que, sur le fond, l'essentiel sinon de sa réflexion du moins de sa curiosité était en place.
Voila l'usage de Thélème. Donner à chacun de ses membres la liberté de faire, de défaire ou même de ne rien faire. La Fondation de Félicie Dosne n'a pas perdu son temps, puisqu'aucun de ses enfants n'y a, au fond, perdu le sien : c'est une assez bonne définition de la liberté.

  (1)  Annuaire de la Fondation Thiers, 1911. p. 5.
  (2)  Pour reprendre l'expression de la Grande Encyclopédie de Marcelin Berthelot, dans l'article consacré à Thiers (Fondation), t. 31, pp. 17-18.
  (3)  Après la Première Guerre mondiale, la Fondation bénéficiera aussi d'un petit legs du neveu de Mignet, Evariste Michel, et décernera épisodiquement un « Prix Félicie-Dosne ».
  (4)  Le 29 avril 1893.
  (5)  Citation extraite du discours du directeur de la Fondation aux obsèques de Félicie Dosne, in Annuaire, 1906, p. VIII.
  (6)  (1834-1895), Architecte, par ailleurs, de la grande synagogue parisienne de la rue de Ia Victoire.
  (7)  Grande Encyclopédie, art. cit. supra.
  (8)  Annuaire de la Fondation Thiers, 1923-1924, p. 10.
  (9)  La dernière personnalité politique du Conseil, révélée d'ailleurs a posteriori, sera le représentant de l'Académie française à la fin des années 30, Abel Bonnard, dont les Annuaires de l'après-guerre, par damnatio memoriae, ne gardent plus la trace.
(10)  Annuaire de la Fondation Thiers, 1940-1941, p.16.
(11)  Annuaire de la Fondation Thiers, 1920, p. 15.
(12)  Respectivement Gabriel Perreux, Pierre Cot et Robert Garric, dont il sera question plus loin.
(13)  Op. cit., p. 18.
(14)  Jules Girard (1896-1902), Alfred Rebelliau (1921-1934), Aimé Puech (1934-1940), Paul Mazon (1940-1955), Robert Flacelière (1975-1980).
(15)  Pierre Courcelle (1978-1980).
(16)  Emile Boutroux (1902-1921), Georges Davy (1955-1975), Raymond Polin (1980-2001)
(17)  A partir de 1903 et jusqu'aux lendemains de la Seconde guerre mondiale (dernier numéro repéré - le 105 - : 1945) la Fondation publie une « Bibliothèque »  puis « Collection »     qui est en fait la réunion d'ouvrages de pensionnaires et d'anciens, labellisés et subventionnés par ses soins. On y trouve ainsi les premiers livres publiés de Jacques Chevalier, Lucien Febvre (Philippe II et la Franche-Comté, 1911), Louis Gernet, Jacques Godechot, Jean Guitton, Henri Gouhier, Marcel Granet, Henri Laugier, Albert Mathiez (La théophilantropie, 1904), René Musset, Jean Pommier, Louis Réau, Jean Wahl. Marcel Waline, etc.
(18)  Annuaire de la Fondation Thiers, 1911, p. 14.